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Le financement politique des organisations terroristes : Ses sources et son évolution
Publié(e) par Dr. Mustafa Abdel Aziz Morsi
Dr. Mustafa Abdel Aziz Morsi.  

Le financement constitue, avec les ressources humaines dirigeantes, les socles sur lesquels reposent les organisations terroristes, car ce qui assure leur viabilité et leur prospérité. Nous tenons, tout d’abord, à préciser que, pour nous, le financement ne se limite pas au soutien purement financier, mais inclut aussi d’autres formes de soutien comme celles qui consistent à pourvoir ces organisations en armes et en combattants. Nous estimons, de surcroît, que l’ingérence de certaines parties régionales et internationales dans les affaires intérieures des pays de la région dans le but d’y semer le chaos et l’instabilité et de raviver les tensions religieuses et confessionnelles avec la complicité d’agents locaux constitue un acte terroriste non moins grave que les opérations de financement monétaire de ces organisations terroristes. Dans ce qui suit, nous nous en tiendrons, faute d’espace, aux cas de Daech et des Houthis.

Les sources de financement :

les dirigeants des organisations terroristes veillent habituellement à garder secrètes les sources de leur financement pour ne pas dévoiler l’identité de leurs alliés et pour leur éviter ainsi d’être traduits en justice. De plus, le système financier mondial actuel est tel qu’il permet la libre circulation des fonds selon des moyens qui n’étaient pas disponibles auparavant. Il en découle que le suivi et l’évaluation des sources de financement deviennent une tâche difficile et compliquée.

Premièrement, le contexte d’émergence de Daech:

la naissance de Daech est le fruit d’un concours de circonstances locales, régionales et internationales. En effet, l’occupation américaine de l’Irak (2003), l’entrée en vigueur du principe des quotas confessionnels, la démobilisation de l’armée et de la police irakiennes, ainsi que la politique basée sur le sectarisme, l’exclusion et la marginalisation adoptée par Nouri al-Maliki à l’encontre des sunnites et des kurdes ont contribué à provoquer une crise nationale aiguë, sans oublier les assassinats et les attentats à l’explosif qui ont visé les sunnites irakiens et leurs régions. C’est dans ce climat favorable aux organisations terroristes que «Daech» a réussi à créer une alliance avec les membres armés des clans tribaux, avec leurs diverses orientations, et notamment les clans sunnites victimes de l’injustice confessionnelle. Certains parlent à ce sujet d’« alliances para-idéologiques», pour désigner ces alliances qui contournent les idéologies et les principes intellectuels dans le but de réaliser des objectifs et des intérêts communs. Ainsi, suite à la démobilisation de l’armée et de la police et à l’interdiction aux membres du parti Baath d’occuper des postes de haut niveau, des ex-soldats et policiers, ainsi que des anciens membres du Baath ont rejoint les rangs de Daech et sont même devenus l’une de ses principales composantes, après avoir longtemps souffert de la marginalisation, de l’exclusion et du chômage. On compte parmi ces recrues des responsables et des chefs militaires irakiens qui maîtrisent parfaitement la gestion des affaires de l’État et qui ont une solide expérience des activités opérationnelles et du commandement des opérations militaires. Cet état de fait et ces alliances conjoncturelles ont permis à Daech de prendre d’assaut des villes et des villages entiers et de les soumettre à son autorité en un temps record.

Cette importante expansion géographique de « Daech » a été favorisée par la disponibilité des ressources financières renouvelables, lesquelles ressources lui ont permis de poursuivre ses combats et de financer ses activités à grande échelle. En effet, grâce à ces importantes recettes, l’organisation a pu subvenir aux besoins de ses combattants et financer copieusement ses films de propagande. Rappelons, à cet égard, que les fonds de l’organisation proviennent de la vente du pétrole syro-irakien et des antiquités pillées, des impôts qu’elle a imposés, mais aussi et surtout du pillage d’environ 500 milliards de dinars irakiens (soit l’équivalent de 420 millions de dollars) des coffres de la Banque Centrale du Mossoul en juin 2014 et d’autres banques. Daech a pu ainsi gérer une véritable économie et a fait appel à des anciens responsables irakiens ayant des compétences multidisciplinaires dans la gestion des affaires publiques du pays.

Le début de la fin de Daech:

La perte de Daech des vastes territoires qui étaient sous son contrôle a conduit à l’effondrement spectaculaire de ses ressources économiques et financières. le fait que Daech ait perdu les vastes territoires qui étaient sous son contrôle a conduit à l’effondrement spectaculaire de ses ressources économiques et financières, lesquelles lui permettaient jusque-là d’assurer les dépenses et les salaires de ses membres. Le diagramme suivant montre l’ampleur de cet effondrement jusqu’au deuxième trimestre de 2017. Et bien entendu, les ressources de l’organisation ont connu une régression plus importante au dernier semestre de la même année, notamment au mois de novembre, suite à la perte de sa dynamique stratégique, de ses territoires et de son infrastructure économique ainsi que d’une grande partie de ses armes, et suite également à la dispersion de ses membres. Jusqu’à la date de publication de ce diagramme, plus rien ne subsiste de cette organisation hormis quelques petites cellules disséminées qui sont en cours d’être éradiquées.

Deuxièmement, le mouvement des Houthis:

le «but non déclaré» du coup d’État mené par les Houthis contre le pouvoir légitime en place est la création d’un État Houthi chiite au suddu Royaume d’Arabie Saoudite qui sera une source de préoccupation permanente pour celle-ci. En effet, le Yémen constitue la porte sud de la péninsule arabique et fait partie intégrante de la carte géostratégique du Golfe et de la Péninsule Arabique. C’est aussi, pour ainsi dire, le «talon d’Achille» des pays du Conseil de Coopération du Golfe. Dès lors, ces pays ne peuvent pas fermer les yeux sur le danger qu’il représente, les changements qui s’y produisent et les interventions extérieures qu’il subit. Le Zaydisme, dont fait partie le groupe d’al-Jaroudia (les Houthis) constitue 30% de la population du Yémen qui n’a connu, tout au long de son histoire, aucune forme de conflit d’origine confessionnelle, car les adeptes du Zaydisme se considèrent comme les sunnites des chiites, et inversement pour les sunnites. Cependant, les Houthis ont fait alliance avec l’Iran dans le cadre de sa politique expansionniste, qui vise à étendre son influence aux pays de la région et que les responsables iraniens présentent comme étant une question sécuritaire vitale pour leur pays. Or, cela n’est qu’exagération, comme à l’accoutumée, de la part des Iraniens. La vérité, en effet, est que cette politique expansionniste vise à mobiliser et à tenir en haleine la population iranienne en l’occupant avec des problèmes externes. Cette politique s’inscrit, par ailleurs, dans le cadre de l’exportation de la révolution et des fantasmes impériaux expansionnistes. Le soutien qu’apporte l’Iran aux Houthis est un soutien logistique complet qui inclut l’entrainement et l’armement par voie terrestre, mais aussi par voie maritime, et ce, à travers le golfe d’Aden.

Pour l’Iran, l’importance du Yémen, en général, et du mouvement Houthi, en particulier, tient au fait qu’ils constituent un atout pour sa politique visant à mettre la main basse sur le détroit du Bab-El-Mandeb et le golfe d’Aden en vue de prendre le contrôle du trafic maritime à l’échelle régionale et internationale. Il convient de souligner qu’en 2009, l’Érythrée a déclaré son soutien au programme nucléaire iranien, suite à quoi la Banque Iranienne du Développement des Exportations a versé 35 millions de dollars américains en guise d’aide à l’économie érythréenne, et il s’en est suivi beaucoup d’autres versements. En réalité, l’Iran nourrissait depuis longtemps le projet de renforcer sa présence en Érythrée car cela lui offre la possibilité d’entraîner les combattants Houthis dans le camp d’entraînement Érythréen de Dunkloo et de faire la contrebande d’armes vers le Yémen, sans oublier que l’Iran possède une base militaire dans le port érythréen d’Assab. En contrepartie, l’Érythrée s’approvisionne du pétrole iranien à bas prix. Et on peut affirmer qu’une partie du financement iranien destiné aux Houthis prend la forme de cargaisons d’armes offertes dans le cadre de sa politique visant à importuner les pays voisins et à y semer l’instabilité. Notons aussi que lorsque les rebelles Houthis ont pris d’assaut la ville de Sanaa, ils ont vidé les coffres de la Banque Centrale du Yémen, et ces fonds leur ont été d’un grand secours dans la période suivant le coup d’État qu’ils ont mené.

Les Houthis ont vidé les coffres de la Banque Centrale du Yémen, ont imposé des redevances ainsi que des droits de douane et ont manipulé le prix du gaz liquéfié. Par ailleurs, certaines sources ont mentionné que les Houthis sont même allés jusqu’à manipuler le prix du gaz liquéfié en le multipliant par quatre dans les zones qui se trouvent sous leur contrôle. Ils ont également imposé des redevances aux stations-service qui vendent des dérivés de produits pétroliers ainsi que des droits de douane, ce qui a contribué au financement de leur mouvement (Selon les estimations du centre de recherche: L’Avenir pour les Recherches et les Études Avancées:25 octobre 2017).

Et de peur que l’Iran ne continue ses basses manœuvres dans l’arrière-cour des pays du Conseil de Coopération (à savoir, le Yémen), l’alliance de la « Tempête décisive » a vu le jour le 26 mars 2015 en guise de réponse à l’appel à l’aide lancé par le gouvernement légitime yéménite pour faire face aux abus commis par l’Iran dans la région arabe et pour maintenir la sécurité dans les pays du Golfe menacés par-l’hégémonie iranienne.

Nous clôturons notre exposé par deux remarques:

Première remarque: les organisations terroristes sont devenues un phénomène transnational. Par conséquent, la lutte contre ces organisations dans le contexte de mondialisation financière actuel nécessite impérativement de faire face à toutes les dimensions de ce phénomène, car le terroriste n’est pas seulement celui qui porte une arme, mais c’est aussi celui qui lui fournit cette arme, le finance, l’entraîne, lui offre un refuge sûr et lui donne accès aux outils de propagande nécessaires à la diffusion de ses idées.

Deuxième remarque: le financement constitue un élément vital pour les organisations terroristes. Il importe, dès lors, d’assécher ses sources; ce qui nécessite un contrôle plus rigoureux et une coopération plus étroite entre les différents organismes concernés par l’application des lois internationales, notamment celles relatives à la lutte contre le terrorisme qui prévoient le gel de tous les avoirs financiers des organisations soupçonnées d’être impliquées dans des actes terroristes et qui prévoient également que ceux qui financent ces organisations soient amenés à rendre des comptes.

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